Suffit juste d'un prénom pour refaire le monde. Un rêve d'enfant, un jeu de lumière, un vieux assis sur un banc. Tu cours après moi, tu es le vent je suis la feuille. Chante,
hurle, je t'ai attrapé, c'est à ton tour maintenant. Je ne t'aime plus c'est à toi de m'aimer. Mais ça ne marche pas. Ca ne marche plus. Tu n'as plus envie de jouer, tu t'enfuis, je m'en vais, la
nuit tombe. Je m'en vais et la nuit tombe. Je n'ai plus la force de te suivre.
Avale-moi.
Avale-moi encore,
Agite le languissant amour
Et joue de la volupté
Adore.
Adore l'étoile,
Louche et taquine caresse
Le soleil miaule
Avale-moi.
Je constitue la moitié de moi-même, comme le siècle éternel de cet instant, pur, en face de toi. Et tu n'es pas là. Je dois repartir, flèche dissoute en milles petites gouttes
sanglantes, et je ne serais pas Ceyx. Ni Cornélie, tu ne m'auras pas comme ça. Ardente dame aux ombres noires je voudrais croire en tes yeux durs, mais les raisons qui nous tiennent ne sont que
d'immondes cris de douleurs, moins intenses il est vrai que ceux des Africains. Mais qu'importe, toute de noir vêtue. Qu'importe, toute de blanc et nue. Ouvrons la porte.
Je n'ai plus le droit de pleurer, dans mes fulgurances, je suis un chien. Un crève-la-faim amoureux de ces petites miettes, une foutue clé dans une vie. Cassée et pas très nette. La vie est belle,
René Char aussi, mais toi. Toi, tu es detestable. Je devrais. Je m'enfonce, bien dans le ciel, dans mon coeur et dans ma tête. Un mystère dans la pupille gauche une fille dans le ventricule droit,
ça piège. Mystère, tu me pièges. Tu me voles, tu annonces un séduisant mécanisme, un malheureux mourant, un doux maléfice, un corps pilé. Tu m'agresses et tu m'attelles à tes yeux, gris, vert,
bleus, rouges, noirs, haineux, malheureux, toute tentative de continuité narrative sera effacée. Je vous en veux. Tout, envie. En vie. Vous êtes en vie et pou cela je vous envie et voux veux en
moi. C'est tout.
Fanny tapote son stylo contre son cou, Jea-Victorien joue avec ses cheveux, Emilie jette les épluchures de gomme par-dessus la table. Il règne comme un vent de littérature, un
vent de journée merdique. Ma table grésille, elle parle et me dit dépêche-toi. Un frelon est devant moi.
Laura asticote une mèche brune, Léo prend sa tête dans ses mains. Il semble réfléchir. Le monde l'écrase. Ca ne doit pas être facile d'être philosophe, ni d'être moi, d'ailleurs.
Margaux éloigne quelque chose d'inconnu, Julie machouille sa lèvre inférieure, Jean remet son pull, il lui va bien.